Gwenn Chipier est contremaître d’exploitation à la station d’épuration d’Aïre, au Lignon. À 43 ans, il a passé la moitié de sa vie à travailler dans cet endroit, où il apprécie d’être au service de la population.
Soucieux de préserver l’environnement, il a toujours adoré son métier. Aujourd’hui, il s’assure au quotidien du bon fonctionnement des lieux en supervisant une des six équipes qui s’y relaient.
Considérée comme l’une des plus grandes step du canton, celle où il travaille traite les eaux usées de la ville de Genève, mais aussi de 24 communes voisines.

Je pense que cette nuit j’ai dû parcourir 20 kilomètres et monter 20 étages.» Comme plusieurs fois par mois, Gwenn Chipier a commencé sa journée à l’aube. Depuis 4h du matin, il monte et descend dans ce grand labyrinthe qu’est la station d’épuration (Step) d’Aïre, au Lignon, en périphérie genevoise. Alors que le soleil n’était pas encore levé, lui et son équipe ont dû procéder à trois interventions planifiées. «Nous devions arrêter l’arrivée des eaux pour pouvoir effectuer des travaux. Il est beaucoup plus simple de le faire quand les gens dorment, car le flux d’eaux usées est moins conséquent.» En tant que contremaître, le Genevois doit toujours assurer la sécurité de ses collaborateurs. Il a donc passé ses premières heures de travail à faire des allers-retours à travers les étages, pour éteindre ou réenclencher certaines machines. «Si quelqu’un doit intervenir par exemple sur une pompe remplie d’eau, il est primordial d’arrêter d’abord l’électricité et de purger la pompe», explique-t-il. Celui qui est arrivé à la Step il y a 19 ans admet qu’au tout début il faut veiller à ne pas se perdre dans ses dédales. Car l’installation s’étale sur une surface de plus de dix hectares, composée d’étages et d’escaliers à n’en plus finir. «Elle est dimensionnée pour traiter les eaux usées de 600 000 habitants, et actuellement nous en avons bien un tiers de plus, d’où l’infrastructure imposante», explique Gwenn en sortant de sa poche son biper, qui vient de retentir. Il s’empresse de se diriger vers l’entrepôt le plus proche, au pas de course, pour décrocher un téléphone suspendu au mur. «C’est mon collègue qui voulait m’avertir de l’arrivée d’un camion d’acide, que nous utiliserons pour empêcher un échangeur de s’entartrer.» Ce sont principalement ces travaux de maintenance qui les occupent au quotidien. Afin de prévenir les pannes. Même si tout paraît immense, ils ne sont que quatre à travailler simultanément sur les machines de la station. Six équipes se relaient pour assurer une présence 24 heures sur 24. Et ainsi permettre une surveillance constante du traitement des eaux usées. «Le vrai point intéressant d’une Step, c’est qu’on ne sait pas ce qu’on nous amène, mais on sait ce qui doit en ressortir, constate le contremaître. En cas de fortes pluies, tout doit rouler, sinon nous pourrions ne plus assumer cette arrivée d’eau, et devoir reverser dans le Rhône un flux contaminé.» Avec les 140 000 mètres cubes d’eau qui atterrissent ici quotidiennement, cela fait partie de tout ce qui doit être bien calculé. «On ne peut pas s’arrêter, la flotte, elle arrive!» confirme le contremaître. Concrètement, cette situation reste rare, Gwenn se rappelle un cas, il y a trois ans, «lorsque le réservoir de réception ne pouvait plus assumer les grosses quantités à absorber».

«Je trouve cela valorisant de m’investir pour la préservation de l’environnement.»

Gwenn Chipier, contremaître à la STEP

Mais depuis, le flux est toujours minutieusement maîtrisé. En tout, il passe par trois grandes étapes (lire encadré) avant que l’eau, purifiée, ne puisse être reversée dans le Rhône. Gwenn pousse alors la porte d’une pièce où des papiers brunâtres tombent d’un grand tube de métal dans un bac. Créant un tas de détritus. C’est la chambre où sont récoltés tous les gros déchets présents dans les eaux récupérées. «Techniquement, à part le papier toilette, on ne devrait rien jeter d’autre dans les cuvettes, continue le professionnel. Mais, malheureusement, c’est loin d’être le cas.» Chaque jour, il découvre des serviettes hygiéniques, des cotons-tiges, des préservatifs ou d’autres objets. «Le plus étonnant, c’est une raquette de tennis trouvée par un collègue. Allez savoir comment elle est arrivée là!»

 

«On est tenus à un résultat»

Juste à côté, difficile de s’entendre parler. Le bruit sourd de l’eau qui s’écoule dans les dégrilleurs est puissant. «Et ce n’est rien par rapport aux journées où il y a des orages», sourit le contremaître en pointant du doigt de grandes grilles métalliques. C’est là justement que le premier gros tri s’effectue, afin de séparer liquide et objets. Etonnamment, l’air ne sent pas aussi mauvais que ce qu’on aurait pu imaginer. «On a un système d’aération et de désodorisation, pour le plus grand bonheur des voisins», complète Gwenn, en soulignant que quelques pièces sont plus odorantes que d’autres. Il s’agit aussi d’une nécessité pour la santé des collaborateurs. S’il confirme que la plupart des visiteurs n’ont pas cette image d’une Step qu’ils voient plutôt comme un lieu où tout sent mauvais, Gwenn, lui, ne se verrait pas travailler ailleurs. «Je trouve cela valorisant de m’investir pour la préservation de l’environnement. On est tenus à un résultat, on ne peut pas polluer le lieu où on déverse ce qu’on a traité. C’est une responsabilité.»

TEXTES: SAMANTHA LUNDER
PHOTOS: CHRISTIAN BONZON

 

 

 

 

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