Le géologue genevois Thierry Basset organise des sorties thématiques pour partir à la chasse de l’or qui se cache dans nos rivières.

Il a accompagné des étudiants en art, pour leur sortie de fin d’année, le long de l’Allondon, à Dardagny (GE), pour collecter ces minuscules paillettes dorées.

TEXTES: SAMANTHA LUNDER
PHOTOS: CHRISTIAN BONZON

L’extraction doit être faite de façon artisanale. Elle demande donc beaucoup de temps et surtout de la patience. On ne repart pas riche d’une telle expédition.

«C’est jaune, ça brille, c’est trompeur… ces petits cailloux, on dirait que c’est de l’or!» La tête plongée dans le récipient qu’il tient entre ses mains, Samuel Gilliand, étudiant, est dubitatif. «Toi, tu as besoin de pognon!» rigole son enseignant. À leurs côtés, une vingtaine d’autres élèves ont chaussé leurs bottes. Aux quatre coins de la rivière l’Allondon, sur la commune de Dardagny (GE), ils plongent leurs batées dans l’eau. Cet instrument creux leur permettra de trouver, s’ils travaillent minutieusement, des paillettes dorées. «Il y en a des tonnes, juste ici, sous nos pieds», leur donne envie Thierry Basset, géologue genevois qui organise la journée de chasse. Les yeux écarquillés, les étudiants du Centre de formation professionnelle Arts de Genève sont captivés et prêts à copier leur instructeur du jour pour remplir les fioles qu’ils ont reçues.

Cette chasse, c’est de l’orpaillage: cela consiste à aller à la recherche de l’or qui se cache en bien des endroits dans nos régions. «Mais pas n’importe comment, précise le spécialiste. Il faut une autorisation cantonale pour pouvoir orpailler, et on est soumis aux mêmes conditions que la pêche: on ne peut récupérer cet or qu’entre mi-mai et juin, puis en septembre, et uniquement les jours pairs.» Reste que, sans un accompagnateur, il paraîtrait bien compliqué de deviner comment procéder. Il faut savoir y faire et, surtout, persévérer pour pouvoir trouver… une minuscule paillette.

 

«Ce n’est clairement pas facile»

Et, non, l’or que l’on cherche ce matin-là n’aura pas la taille d’un lingot. Les plus chanceux auront peut-être une paillette de deux millimètres, mais cela serait déjà une sacrée bonne pêche. «Il y en a une belle là», interpelle Thierry Basset, avant de montrer à une élève comment la récupérer. Il faut plisser les yeux pour apercevoir ce petit point luisant dans la batée. «Mince, je pense que ton doigt était trop mouillé, on l’a perdue…» À côté de lui, Clément Köln Dit Cologne, 19 ans, vient de trouver son Graal: «J’en ai quelques-unes là-dedans, je ne pensais pas réussir à en attraper, ce n’est clairement pas facile.»

DE L’OR VENU DES ALPES

L’or présent dans ce méandre de l’Allondon a été arraché aux gisements alpins, là où il est naturellement présent, et transporté à cet endroit par les glaciers. «Il y a 20 000 ans, il y avait 900 mètres de glace ici au-dessus de nos têtes», explique Thierry Basset.

Le processus est fait de répétitions: il faut creuser à l’aide d’une truelle sur la rive pour remplir la batée de cailloux et de sable. Puis l’immerger dans la rivière, la ressortir remplie et la secouer avec précaution pour faire remonter à la surface les particules les plus légères. L’eau sale est ensuite à éliminer, avant de recommencer pour n’avoir plus que quelques grains dans le récipient: «Les paillettes d’or restent car elles sont plus lourdes et, quand on élimine l’eau, peu à peu, elles butent contre les stries qui se trouvent sur la batée, complète Thierry Basset. Si c’est un échec, il faudrait peut-être changer de trou où on collecte les cailloux.» Au final, tous devraient repartir avec au moins une paillette. «C’est excitant de se dire qu’on va réussir à en trouver, cette découverte va rester dans ma tête», s’enthousiasme Samuel en repartant remplir sa batée sur la rive.

«Cela a l’air périlleux pour pas grand-chose»

Mais rien ne semble gagné d’avance. «J’ai bien fait d’être céramiste et pas orpailleur!» blague un étudiant alors qu’il s’aperçoit de la difficulté de la tâche. «Tout ça a l’air un peu périlleux pour pas grand-chose finalement, mais je m’y attendais», lance Sébastien Schnyder, son collègue. Et Thierry Basset de confirmer avec humour: «Vous remarquerez qu’il est plus rentable d’organiser des sorties d’orpaillage plutôt que d’en faire.» En comptant qu’une batée ‒ à savoir mélanger pour vider, remplir et vider de nouveau tout ce sable ‒ peut durer une bonne dizaine de minutes, le processus peut effectivement prendre beaucoup de temps. Souvent, il faut en faire cinq ou six consécutives avant de tomber sur une voire, si on est chanceux, cinq ou six paillettes. «On peut faire le calcul de cette rentabilité potentielle, continue Thierry Basset. Il faut 10 000 paillettes d’or pour faire un gramme, qui serait vendu entre 30 et 40 francs, donc à dix paillettes par batée… on en a pour un bout de temps!» Des orpailleurs professionnels ont pu en vivre à l’époque, mais les coûts pour extraire cet or, aujourd’hui, seraient bien plus élevés que la somme récoltée. D’autant que les méthodes invasives d’extraction, à l’aide de grosses machines par exemple, ne sont plus autorisées.

Les étudiants l’ont rapidement compris, ils ne rentreront malheureusement pas riches de leur sortie de fin d’année. Certains, comme Anja Ripoll, ont trouvé un compromis en se rabattant sur un autre type de collecte. «J’ai décidé de chercher plutôt de beaux cailloux. Je n’ai peut-être pas la patience qu’il faut pour trouver l’or, mais ce n’est pas grave. Je vais rentrer à l’atelier et faire des expériences avec ce que j’ai trouvé en les chauffant pour les utiliser dans mes céramiques.»

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