TEXTES: FABIEN FEISSLI

PHOTOS: CHRISTIAN BONZON

Depuis près de 20 ans, le studio Masé se spécialise dans le son pour le cinéma ou la télévision. Cela va du bruitage au doublage en passant par l’audiodescription.
Justement, ce jour-là, Evelyne Bouvier, directrice artistique, planchait sur la saison deux de la série «Quartier des banques». Son objectif: raconter tout ce qu’il se passe à l’écran, notamment pour les personnes malvoyantes.
Une mission qui demande de la précision, mais qui force également à faire des choix afin de réussir à caler le maximum d’informations sans empiéter sur les dialogues.

homme passe derrière un quinquagénaire à l’imperméable beige…», énonce Evelyne Bouvier, avant de s’interrompre. Attrapant son crayon, elle peste: «Ouf, ça c’est trop lourd» et rature un bout de phrase. Installée dans la cabine d’enregistrement des studios Masé à Satigny (GE), la comédienne planche sur l’audiodescription des épisodes de la saison deux de la série suisse «Quartier des banques». Dans la pièce d’à côté, l’ingénieur du son, Valentin Dupanloup, valide sur son écran les différentes interventions de la quadragénaire puis lui donne le feu vert pour reprendre. Evelyne s’exécute avant de s’interrompre de nouveau, quelques secondes plus tard, en jetant un œil à l’écran de télévision face à elle. «Mince, c’est trop long, je suis en retard», souffle-t-elle. Il faut dire que la directrice artistique se livre à un véritable numéro d’équilibriste. «Il faut réussir à glisser le nom des personnages et leurs actions sans empiéter sur les dialogues ou les bruits distincts. Quand le technicien fait son montage, il ne pense jamais à l’audiodescription», sourit-elle.

Pourtant la fonction, disponible pour la plupart des programmes, est bien utile, notamment pour les personnes malvoyantes ou âgées. «Le but, c’est de rendre accessibles les films, les séries, les documentaires à tous. Cela rend service à beaucoup de gens», poursuit Evelyne. Pour cela, charge à elle de raconter ce qui se passe à l’écran. En plus des personnages et de leurs actions, elle décrit également les lieux, les mouvements de caméra et les différentes atmosphères. «Il y a des règles de base, mais après nous avons une certaine liberté. Le plus dur, dans ce métier, c’est de faire des choix», assure la Genevoise. Elle, par exemple, préfère rester simple. «Je pars du principe qu’il vaut mieux être efficace, en faisant des phrases courtes et en essayant d’utiliser le bon mot de vocabulaire tout en restant accessible à tous», détaille-t-elle. Son objectif est de trouver une proximité avec l’auditeur et, pour cela, le moindre détail a son importance, comme la position du micro ou la pénombre régnant dans la cabine d’enregistrement. «Cela permet d’être coupé du monde extérieur pour baigner dans l’atmosphère. C’est comme un ami qui soufflerait ce qu’il se passe. Il faut avoir une voix complice tout en restant dans l’action.»

«En moyenne, il faut compter une heure pour écrire l’audiodescription de deux minutes.»

Evelyne Bouvier, Directrice artistique des studios Masé

«J’apprends beaucoup en décrivant»

Mais, avant de passer en studio, Evelyne a tout un travail de préparation à réaliser. «Les films que je décris, je les connais par cœur. Je les regarde une fois en entier, puis je les reprends scène par scène en essayant de comprendre ce qui est important de savoir pour le spectateur. Je reviens très souvent en arrière. En moyenne, il faut compter une heure pour écrire l’audiodescription de deux minutes», raconte-t-elle. Une répétition qui ne dérange pas la Genevoise, bien au contraire. «C’est très enrichissant, j’apprends beaucoup grâce aux documentaires que je décris. Et cela me permet de revivre, à travers les acteurs, une profession qui me manque», raconte celle qui s’est formée au métier de comédienne en Belgique. Après y avoir interprété plusieurs rôles, elle rentre en Suisse, en 2006, et se réoriente vers le domaine vocal. Depuis quelques années, elle est notamment la voix publicitaire des déodorants Borotalco et de Romande Energie.

Au sein des studios Masé, Evelyne participe aussi au doublage et au «voice-over» (lire ci-contre) de fictions et de documentaires. CarTEXTES: FABIEN FEISSLI

PHOTOS: CHRISTIAN BONZON

Depuis près de 20 ans, le studio Masé se spécialise dans le son pour le cinéma ou la télévision. Cela va du bruitage au doublage en passant par l’audiodescription.
Justement, ce jour-là, Evelyne Bouvier, directrice artistique, planchait sur la saison deux de la série «Quartier des banques». Son objectif: raconter tout ce qu’il se passe à l’écran, notamment pour les personnes malvoyantes.
Une mission qui demande de la précision, mais qui force également à faire des choix afin de réussir à caler le maximum d’informations sans empiéter sur les dialogues.

homme passe derrière un quinquagénaire à l’imperméable beige…», énonce Evelyne Bouvier, avant de s’interrompre. Attrapant son crayon, elle peste: «Ouf, ça c’est trop lourd» et rature un bout de phrase. Installée dans la cabine d’enregistrement des studios Masé à Satigny (GE), la comédienne planche sur l’audiodescription des épisodes de la saison deux de la série suisse «Quartier des banques». Dans la pièce d’à côté, l’ingénieur du son, Valentin Dupanloup, valide sur son écran les différentes interventions de la quadragénaire puis lui donne le feu vert pour reprendre. Evelyne s’exécute avant de s’interrompre de nouveau, quelques secondes plus tard, en jetant un œil à l’écran de télévision face à elle. «Mince, c’est trop long, je suis en retard», souffle-t-elle. Il faut dire que la directrice artistique se livre à un véritable numéro d’équilibriste. «Il faut réussir à glisser le nom des personnages et leurs actions sans empiéter sur les dialogues ou les bruits distincts. Quand le technicien fait son montage, il ne pense jamais à l’audiodescription», sourit-elle.

Pourtant la fonction, disponible pour la plupart des programmes, est bien utile, notamment pour les personnes malvoyantes ou âgées. «Le but, c’est de rendre accessibles les films, les séries, les documentaires à tous. Cela rend service à beaucoup de gens», poursuit Evelyne. Pour cela, charge à elle de raconter ce qui se passe à l’écran. En plus des personnages et de leurs actions, elle décrit également les lieux, les mouvements de caméra et les différentes atmosphères. «Il y a des règles de base, mais après nous avons une certaine liberté. Le plus dur, dans ce métier, c’est de faire des choix», assure la Genevoise. Elle, par exemple, préfère rester simple. «Je pars du principe qu’il vaut mieux être efficace, en faisant des phrases courtes et en essayant d’utiliser le bon mot de vocabulaire tout en restant accessible à tous», détaille-t-elle. Son objectif est de trouver une proximité avec l’auditeur et, pour cela, le moindre détail a son importance, comme la position du micro ou la pénombre régnant dans la cabine d’enregistrement. «Cela permet d’être coupé du monde extérieur pour baigner dans l’atmosphère. C’est comme un ami qui soufflerait ce qu’il se passe. Il faut avoir une voix complice tout en restant dans l’action.»

«En moyenne, il faut compter une heure pour écrire l’audiodescription de deux minutes.»

Evelyne Bouvier, Directrice artistique des studios Masé

«J’apprends beaucoup en décrivant»

Mais, avant de passer en studio, Evelyne a tout un travail de préparation à réaliser. «Les films que je décris, je les connais par cœur. Je les regarde une fois en entier, puis je les reprends scène par scène en essayant de comprendre ce qui est important de savoir pour le spectateur. Je reviens très souvent en arrière. En moyenne, il faut compter une heure pour écrire l’audiodescription de deux minutes», raconte-t-elle. Une répétition qui ne dérange pas la Genevoise, bien au contraire. «C’est très enrichissant, j’apprends beaucoup grâce aux documentaires que je décris. Et cela me permet de revivre, à travers les acteurs, une profession qui me manque», raconte celle qui s’est formée au métier de comédienne en Belgique. Après y avoir interprété plusieurs rôles, elle rentre en Suisse, en 2006, et se réoriente vers le domaine vocal. Depuis quelques années, elle est notamment la voix publicitaire des déodorants Borotalco et de Romande Energie.

Au sein des studios Masé, Evelyne participe aussi au doublage et au «voice-over» (lire ci-contre) de fictions et de documentaires. Car la structure, fondée en 1991 à Genève, ne s’occupe pas que d’audiodescription. «Nous faisons essentiellement du son pour l’image. Cela inclut aussi la prise de son sur le tournage, les bruitages ou la postproduction», explique Denis Séchaud, fondateur de Masé. S’il pointe que la télévision est leur client principal, le quinquagénaire souligne que lui et ses équipes ont eu la chance de participer à plusieurs belles aventures cinématographiques comme «Ma vie de Courgette», «Titeuf» ou, plus récemment, «Yalda», récompensé au célèbre festival Sundance aux États-Unis. «Chaque jour, je me dis que j’ai de la chance de participer à tout ça. Notre passion, c’est notre métier.»

Traduire les mouvements de bouche

Dans le cadre de son travail de directrice artistique chez Masé, Evelyne est également chargée du casting des comédiens pour le doublage de fictions ou le «voice-over – procédé consistant à superposer la traduction des propos d’un intervenant sur sa voix – de documentaires. «Il faut trouver de bons comédiens, qui soient rapides et efficaces. Le temps en studio est très précieux. Désormais, la RTS cherche à réduire ses coûts. Si on fait deux jours au lieu de un, on ne gagne plus rien», pointe la responsable. Le doublage est le procédé le plus exigeant pour les acteurs. «La difficulté, c’est qu’il faut être capable de jouer la comédie tout en suivant très précisément le rythme du dialogue», souligne Evelyne. L’écriture des textes est également un défi: «Il y a tout d’abord une personne que l’on appelle un détecteur, qui va observer les mouvements de bouche et les décrire à l’aide de symboles.» Ceux-ci permettront ensuite à l’adaptateur de respecter le langage labiale et les respirations des personnages dans sa traduction. «Si en anglais on dit « hello », on ne pourra pas dire « bonjour » en français, ce n’est pas le même mouvement de lèvres. On va peut-être utiliser « ah, bonjour ». L’important, c’est de réussir à mettre toutes les informations et à faire vivre le personnage», détaille Evelyne.

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